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Nelson Blanco selon Saul Yurkievich

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il est instinctive : attaque rhapsodique de la toile vierge ou de la feuille de papier, avec la fureur de modeler; se laisser porter par un biodynamisme à partir de la vision larvaire, grouillante et indécise, sur laquelle la main se rythme et s’accompagne. Ses tours, pirouettes et détours inscrivent peu à peu l’image d’où émergent toujours les mêmes motifs, formes familières : les archétypes remontent obstinément du fond virtuel, les axes du monde qui relient le magma à l’apparition de l’imagination originale, les objets qui incarnent le transfert vital, les idoles qui symbolisent la vie.
nelson blanco

C’est autour de ces modules que se construit peu à peu l’engendrement de formes organiques où les corps apparaissent dans leur état juste avant la solidification, moment antérieur à la fixité, l’instant protoplasmique.


La vision inspiratrice est celle de la pullulation germinative… ensuite vient l’instrumentation picturale, la matérialisation de l’image plastique : incorporer la figure mobile à l’immobile, la mobilité et la mutabilité à la quiétude de la surface quadrangulaire, ranimer l’inanimé au moyen de jeux renouvelés entre le plat et le volume, le plein et le vide, les couleurs unies et les surfaces rayées, le dessin côté positif et négatif, la perspective et la non perspective dans un contrepoint polyphonique.

Dans ce contrepoint à plusieurs voix réapparaît au niveau de chaque œuvre la science picturale amassée par Blanco : la maîtrise de la main-esprit ou bien de l’esprit-main, l’habileté dans la matérialisation car il a expérimenté toutes les techniques, il a pratiqué l’histoire de l’art, il détermine avec précision la facture adéquate à chaque cas, délimite, parmi les multiples options le registre à utiliser en fonction de chaque signe plastique.
nelson blanco

Remplie d’une imagination naturelle, sa fantaisie métamorphique répond à un rythme cyclique de flux et de reflux, à l’alternance pulsatile de la mer, de la turbulence et du repos. De grandes toiles au graphisme épais, des encres denses, des contrastes sonores, des rafales chromatiques, une distorsion criarde, une rondeur emphatique auxquels succèdent de petits formats, des oasis de repos, calme harmonique, couleur harmonieuse, jouissance d’un intérieur doux et apaisant.


Tableau tourbillon et tableau paisible, avec tous les stades intermédiaires. Par là réapparaît la géométrie lyrique -Blanco fait et défait dans une marche en avant toujours rétrospective- un principe de construction plus concerté, de réglementation plus raisonnée.
Mais la géométrie est utilisée comme une sorte de complicité humoristique en opposition aux sténogrammes, à la cryptographie féline, aux petites scènes, aux comptes élémentaires du premier cahier d’école.
D’un côté le délire cosmogénique, le langage de l’oracle, l’immersion hallucinée vers les noyaux énergétiques d’où se propage toute vie.
De l’autre, cette façon espiègle et humoristique de se mettre à distance ; ce jeu irrévérent qu’il joue pour se divertir.

Lorsqu’il peint, il retourne à l’enfance, au monde des merveilles. Il a recherché une alliance difficile à réaliser : réunir la candeur de la vision enfantine à la science technique.
La fraîcheur constante de son œuvre provient de ce qu’il a réussi à conserver une perception vierge, la vigueur de l’immaturité, l’innocence et l’instabilité de la vision d’enfant tout en possédant la connaissance de l’Art. Ce qui lui évite d’utiliser des procédés inadéquats, de tomber dans des maladresses qui appauvrissent l’œuvre, ou dans des stéréotypes conventionnels. Cette science tutrice de sa vision originelle se manifeste avec évidence lorsqu’on jette un regard sur toute l’œuvre : on se rend compte qu’il a utilisé toutes les techniques, tous les matériaux et toute sorte de support.
nelson blanco

Sa faune et sa flore tendent à sortir de leur cadre et envahissent tout ce qu’elles trouvent : robes, meubles, objets, sculptures, murs…
Blanco ne peint pas seulement des tableaux. Comme l’homme originel, il peint son habitat entier : sa maison devient une grotte protectrice où ses créations charnelles et pictoriques, l’entourent, l’enveloppent.
Les signes symboliques irradient une énergie qui à leur tour insufflent la vie à l’artiste qui les a crées.
… Certaines toiles sont des sortes de sortilèges qui font accéder au féerique, d’autres des maléfices ou des conjurations contre les forces du mal : l’esprit ascendant contre le monde de l’abîme, lutin contre monstre, lumière contre ténèbre, blanc contre noir, palette qui monte et qui descend.

Avec des moments d’abstraction, de stylisation , l’œuvre de Blanco est inébranlablement vitaliste. C’est une transcription visuelle de sa biographie profonde où vivre s’identifie à peindre.
Il vit la peinture et il peint le vécu-vivant. Blanco personnifie tout ce qu’il représente : empire d’une subjectivité hégémonique qui efface toujours la frontière entre sujet et objet, entre percepteur et perçu.
Mieux encore, une figuration qui incorpore seulement les objets (totems) où le moi s’est installé comme dans son propre corps.

Blanco situe sa poétique avant la scission adulte, celle du logos abstrait, objectivant.
Ici tout est encore en relation de parenté, de consanguinité, d’échange sensuel, d’interaction érotique.
Blanco s’installe et nous installe dans un espace où toute réalité est tangible.

Saul Yurkievich, critique d’art et professeur de littérature hispanique à la Sorbonne à Paris
voir article de Damian Bayon