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Tango que tu m'as fait mal !

Le lumicosmombre
danse théâtre


Nelson Blanco, un peu de la pampa argentine égarée dans les plaines picardes. Nelson est d'abord un peintre, une "côte" dans un pays. Il décide pourtant de le fuir : il a besoin de respirer pour travailler et le bruit des bottes...
C'est par hasard qu'il découvre la marionnette, par effraction. Et il s'y engouffre comme un voleur, curieux de tout, avide de rencontres, insatiable. La compagnie qu'il a créée avec Nadège, sa femme, à Crèvecoeur-le-grand- un programme!- est en train de réussir un audacieux pari: vivre.
nelson blanco

nous l'avons rencontré, partagé entre un livre et une proche création, pour parler du Festival que sa ténacité fera fleurir sur la place de ce chef lieu de canton, en septembre.

R.W

Vous étiez à Charleville. Votre spectacle a rencontré un succcès populaire auquel vous même ne vous attendiez pas. Mais vous en avez profité aussi pour voir les autres...

Nelson Blanco: tout de suite une impression globale: la marionnette est une grande maison, mais ce n'est pas facile de s'y sentir en famille.
Sur le plan plastique, je constate que beaucoup travaillent par modelage mais je n'ai pas le sentiment de directions de recherche, je veux dire de recherche plastique: on applique ce que l'on a appris aux Beaux-Arts.
D'autres confondent la marionnette et une entreprise de déménagement: ils font la course à la technique, aux décors... Huit heures de montage et trois heures de démontage, c'est inhumain!
Coatimundi m'a frappé. Le travail est d'une telle perfection qu'il fait presque peur.
Il faut garder une certaine "poésie" du matériel. Plus on en a, plus on croule dessous.
J'ai vu des gens s'agrandir tellement qu'ils se sont perdus dans le "grand".
La Marionnette pour moi est naïve. Certains spectacles peuvent "plaire": la seule question-que l'on est par exemple obligé de se poser en peinture- c'est: de quel monde veut-on témoigner? Où est la nécessité intérieure?

Nous avons plusieurs fois évoqué ensemble ces rapports de marionette à la peinture. Pouvez-vous faire le point de votre réflexion?

N.B: Je prendrai un point précis: la formation.
Pour moi, il n'y a pas de formation possible. J'ai eu beaucoup d'élèves dans mon atelier. Que faisaient-ils? Ils copiaient. Ils me copiaient. Ils me vidaient littéralement. Je les ai mis à la porte.
Les gens font un ou deux ans d'études aux Beaux-Arts, ils suivent un stage de marionnettes et les voilà qui créent leur compagnie. En peinture, c'est totalement impossible. Ce n'est qu'au bout de dix /quinze ans que les choses commencent à s'organiser, à ressembler à quelque chose de personnel, à une expression profonde. La marionnette aujourd'hui semble oublier cette loi du temps, de la maturation.
Ce qui fait que beaucoup trop de spectacles se ressemblent : ils ont toujours "quelque chose de bien" mais rien qui puisse entraîner l'adhésion pleine du spectateur.

Lors de nos premières rencontres, je vous avais dit mon étonnement devant l'esprit même de votre travail: un tableau montrait toujours un personnage avec son intérieur, avec des éléments qui témoignaient, par juxtaposition, des pensées, des émotions de ce personnage

N.B: Je crois qu'en effet ma peinture est d'une certaine façon "marionnettique". Bien sûr, elle comporte aussi d'autres éléments, comme le surréalisme, ou ma réflexion sur la spiritualité du monde.
Mais cette tendresse pour les personnages, pour les histoires, m'a permis d'entrer de plain-pied dans la marionnette.
Dans mon esprit, le passage s'est fait, lorsque vous aviez fait la fête du Théâtre des Enfants de Beauvais, en septembre 80. Je m'y suis retrouvé -mes tableaux y étaient exposés- avec Gérard Lo Monaco et Jean-Pierre Lescot. Et là, je me suis senti une sorte de fraternité avec leurs marionnettes.
Ceci a joué comme un révélateur.
Et l'autre déclencheur, ce fut le travail dans lequel, toujours avec le T.E.B, vous m'aviez engagé: la peinture d'un autocar avec les élèves du collège Pellerin. Nous avons crée des formes, des pochoirs et j'ai soudain compris que nous travaillions sur des ombres.

Comment analisez-vous vos premiers spectacles?

N.B: Ils partaient de l'idée simple de "transposer" ma peinture. Mais ce seul ressort poétique s'est révélé insuffisant pour réellement structurer un spectacle.
Je crois qu'un créateur doit exploiter ses défauts. Je ne suis pas bon manipulateur: mon défaut, c'est cette prééminence de l'élément plastique. Il faut que je l'approfondisse pour arriver à une sorte d'esthétisme pur. Si je me lance dans la manipulation, les résultats seront toujours insatisfaisants. Chaque créateur doit vraiment chercher dans ses défauts, l'ouverture de la création.
Sinon, il devient anonyme, c'est à dire personne.
C'est la grande leçon de la peinture: il ne s'agit pas de "faire original" mais de dégager par le travail de recherche, l'originalité profonde, l'unicité qui fait que ce tableau ne peut être signé que de moi.
Il semble d'ailleurs que l'étranger perçoive mieux cette notion. Nous étions invités en Pologne. Nous allons en septembre à Lugano. Des contacts ont été engagés avec l'Italie...
nelson blanco

Régionalement, comment vous situez-vous?

N.B: Nous ne pensons pas que la démarche artistique soit réellement prise en compte. ce qui prime, c'est une administration super-performante. Nous avons plusieurs fois donné notre sentiment: il est dommage de s'épuiser en démarches, en marketing. Regroupons-nous et à plusieurs compagnies, assurons convenablement ces tâches. Ainsi, nous serons libres pour assumer notre véritable vocation, qui est strictement artistique.


Parlez-moi de "Tango".

N.B: Ce sera une fable. Une fable sur l'exil, celui, individuel, qui s'inscrit dans l'histoire d'un homme ou d'un pays, et celui, éternel face à l'infini.
Le personnage central, Malcon, a endossé, comme par miracle, la condition d'étranger. Il se forge un tube/abri dans l'espoir d'échapper à l'univers d'incompréhension qui constitue son quotidien.
Et ceci se réalise. Une autre dimension s'entrouvre et des personnages extraordinaires défilent, lui parlent...
Musicalement, nous ferons appel à Carlos Gardel. "Tango tu m'as fait mal et pourtant je t'aime..." et à Piazzola.
Le dispositif sera "classique" : un castelet en fond, un jeu sur table au proche, et un lieu/danse à l'avant scène.


Y retrouvera-t-on les personnages de votre livre?

N.Blanco : Le climat, oui. Les souvenirs d'enfance...

Le Courrier Amiens 1986
voir 5 questions à Nelson Blanco

Petit itinéraire:
1982- Le voyage d'Horus- Les oiseaux magiques
1984- La création d'un Monde (Charleville 85, Amiens 85, Bielsko-Biala Pologne 86)
1985- La déesse image
1986- Tango (Lugano 86)



Photos marionnettes