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5 Questions à Nelson BLanco

Nelson Blanco, peintre et pédagogue:
"Eduquer l'enfant à la création"



Quand l'art se mêle de la rénovation des quartiers dégradés, Nelson Blanco fait découvrir la peinture aux enfants. De très officiels accords ont permis aux murs du Plateau de se mettre en fête avec pour "maître d'oeuvre" un peintre argentin qui s'est juré de faire descendre l'art dans la rue.

Le Courrier: Vous êtes parti d'Argentine pour des raisons politiques et vous vivez en France depuis 1975. Cette condition a-t-elle dans certains cas servi votre art?
nelson blanco


Nelson Blanco: Pour voir l'oeuf, il faut sortir de l'oeuf. Donc, pour voir ton pays, il faut t'en aller. Partir m'a fait évoluer et en premier lieu, je comprends beaucoup plus de choses à la politique internationale. Cela dit, le statut de l'artiste en France n'est pas comparable à celui en Argentine. Ici, il faut être un cerveau électronique pour faire des dossiers. Celui qui n'est pas initié à cela ne sait pas où il est. C'est vraiment un monde kafkaïen

Les pouvoirs publics ont-ils eu à l'égard de votre peinture une attitude plus "ouverte" qu'à l'égard de la peinture française?

Non, au contraire. Mes oeuvres ont été refusées à deux reprises par le Fonds régional d'acquisition des oeuvres d'art. Bien que l'on ne m'ait jamais dit exactement pourquoi... Ma peinture ne correspond sûrement pas à certaines modes... Je ne suis peut-être pas Picasso mais on pourrait avoir un peu de respect et me donner au moins une raison. Ma peinture est d'une certaine manière très primitive. Je connais les goûts des intellectuels et je ne peux pas discuter contre toute une organisation. J'espère qu'ils n'attendront pas ma mort pour acheter mes tableaux.
Ici, sur le terrain, les gens se rendent bien compte que j'effectue un travail. Mais, au niveau régional, je n'ai pas de contact.

On évoque souvent le retard de la région picarde en matière artistique. Comment ressentez-vous cela?

Il ya eu pendant longtemps un vide culturel en Picardie. Mais depuis le socialisme, il y a un effort de réalisé. C'est une région trop proche de Paris et qui n'a peut-être pas de racines, et où la création est souvent assimilée aux travaux manuels. C'est très bien que le 3ème âge fasse de la peinture sur soie ou des tableaux pour accrocher dans la cuisine.
L'artiste ici doit travailler seul. Il n'y a pas de contact humain et c'est difficile pour un sud américain comme moi. On fait une fresque, on ne nous dit rien. On crée un musée d'Amérique Latine et on présente une exposition à Compiègne, on ne nous dit rien non plus. Les gens ne viennent même pas. Cela me fait peur car la perte de la mémoire populaire prépare un retour à la barbarie. Je ne sais pas si les homme politiques s'en rendent compte...


Considérez-vous la mission qui vous a été confiée à Creil comme une mission de pédagogue ou d'artiste?

Elle est complètement pédagogique. D'ailleurs, personne n'a jamais demandé à voir mes peintures. Si on ne fait pas rentrer la création artistique à l'école, les enfants deviendront des chômeurs intellectuels et leurs possibilités ne seront pas exploitées. Il faut éduquer l'enfant à la création et ne pas se contenter du crayon feutre qui est la prostitution de la création.

Pensez-vous que cette mission qui doit se terminer avec l'année scolaire, trouvera son prolongement dès la prochaine rentrée, ou craignez-vous au contraire qu'elle n'ait que peu de conséquences sur l'avenir.

L'action qui a été menée ici est très positive, mais elle ne doit pas être une simple opération de prestige. Je voudrais poursuivre le travail avec les enfants et les instituteurs pour obtenir des résultats. La première année, il fallait "débroussailler" le terrain.
nelson blanco

Cette année, nous avons élargi les connaissances qu'il faudrait désormais approfondir.
Cela pose peut-être des problèmes financiers mais quand on voit que des millions de dollars sont dépensés à faire construire un bombardier pour détruire une ville... Les artistes ont aussi le droit de vivre.
Sans compter que si on n'initie pas l'enfant à la création, comment pourra t-il créé avec l'ordinateur? L'ordinateur ça fait sérieux. Pourtant, les gadgets ne changeront pas l'homme.
J'explique tout cela mais je suis comme un prédicateur sans foule. D'ailleurs, même si Jésus Christ revenait, il ne pourrait rien faire aujourd'hi car individuellement, on ne peut rien.


Plateau Rouher, la naissance d'un mur ]voir "Murs peints le jaillissement"


Le mur de l'arrière de la bâtisse du"Logement français", sur le plateau Rouher, a quitté son triste habit blanc pour se parer d'une fresque de 60 m de long, réalisée par environ 300 élèves des écoles de la zone éducative prioritaire. Une belle aventure, derrière laquelle on trouve Nelson Blanco.
Pour amener les formes et les couleurs à la vie quotidienne, il observe et gère cette surface bien qu'il ait déjà conduit les enseignants à diriger eux-mêmes des opérations collectives. Architectes et urbanistes ne sont pas seuls à s'intéresser à la physionomie du plateau Rouher.

Le Courrier Amiens 21/06/1984




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