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Lettre de Nelson Blanco

Dans un monde en décomposition où les intérêts matériels sont tout puissants et où des forces soi-disant idéologiques, aussi bien en Amérique Latine qu’au Moyen-Orient, détruisent l’être humain, la poésie, l’amour deviennent anachroniques.
Qui parle de ces enfants victimes de tant de misère, de répression, de mort ?
Des enfants, les yeux ouverts sur un paysage d’horreur.
Des enfants qui marchent sans savoir où ils vont, avec la tristesse immense d’un monde qui a perdu l’innocence…

Des enfants qui ne sont plus que des fantômes, des caricatures d’enfants.
Face à cette horreur, je me demande :
La prostitution de toute tentative d’ouverture du monde à la lumière, à l’amour, au respect de la personne est-elle inévitable ?
Et je reste anéanti devant tant de haine.
nelson blanco



Bien sûr, construire, aimer donner la possibilité à la jeunesse de soleils, de connaissances de l’esprit… cela paraît ridicule à certaines mentalités qui pensent que la création artistique est un luxe.

Mais n’est-ce pas un luxe de dépenser sept millions de dollars dans un char de guerre pendant qu’une immensité d’enfants meurent sans connaître, le sourire, le jeu, la liberté ?

Est-il logique pour un monde d’adultes de tuer le fils, l’histoire et de déterminer de futures esclaves ?
N’est-il pas horrible de perdre la mémoire culturelle ?
Peut-il exister un ministère du bonheur ?
Peut-il exister un ministère de l’enfance ?

Avec des ministres et des ministères, ne tuons-nous pas la spontanéité de l’éclosion de la vie qui fait l’histoire de l’humanité ?
Est-ce que les Picasso, les Kandisky, les Matissse, les Beaudelaire, Prévert, Eluard, Les philosophes, les marginaux qui ont tant donné à notre civilisation resteront désormais ignorés ?
Descendrons-nous à "l’animalité" ?

Est-ce que les divagations intellectuelles, politiques, scientifiques ne prendront jamais en compte l’immensité d’êtres qui meurent de tristesse ?
Il y a beaucoup de manière de mourir, beaucoup de façons de faire semblant, de tromper hypocritement, de demeurer insensible, froid comme le marbre des cimetières anonymes où repose la jeunesse d’Argentine ou d’ailleurs, dans des fosses communes, battues par les vents et la solitude de pampas infinies.

L’artiste n’est-il pas un CRI de tout cela ?
L’artiste créateur, ridiculisé ou honoré par un système de prestige ne crie-t-il pas face au monde ?
Les Pablo Neruda, les "Cent ans de solitude", à quoi peuvent bien servir tous leurs MOTS ?
Ont-ils seulement lutté pour une élite ?
Leur message ne doit-il pas pénétrer, porter l’éducation de notre époque où chaque pays ne devrait-il pas prendre conscience de l’échelle planétaire, si ce n’est interplanétaire tout en se gardant bien de conserver son originalité.
nelson blanco


Il n’y a pas de pédagogie sans création.
Tant de créateurs ignorés, consommés comme le Coca-Cola, comme un produit commercial de plus dans la panoplie des intérêts capitalistes.

J’ai essayé d’être le facteur d’une dynamique avec des enfants, ces enfants pleins d’amour et de révolte d’un quartier défavorisé.
Ce travail, ces fresques collectives, élaborées dans le plaisir commun me donnent l’impression du paradis perdu et retrouvé pour un moment.

Avons-nous le droit d’aimer et de le dire ?
Avons-nous le droit de participer et de donner toute notre humble connaissance pour déclencher la joie de la jeunesse ?

Paradis retrouvé pour un instant…
Le monde doit-il être irrémédiablement triste et répressif ?

L’artiste doit-il être un marchand de tapis ?

La vanité d’un individualisme faux doit-il nous faire oublier la possibilité et le destin véritable du créateur ?

Art social, le mot "art" a-t-il encore un contenu ?

Les temps à venir ne pourront permettre le développement d’une fausse pédagogie, une fausse spéculation de la science, qu’elle soit artistique, scientifique, politique…

Il ne pourra y avoir d’autre voie que l’ouverture au spirituel.


voir aussi le manifeste de l'indignation