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Mémoire d'un sous-développé

Extrait du livre " Mémoire d’un sous-développé " par Nelson Blanco

El Parral fut mon maître.
Il m’enseigna le rythme.
Ses ombres me guidaient dans la magie de la métamorphose, ses spirales, dans la compréhension de la ligne.
La création était là.
Le temps et l’imprégnation de cet univers allaient m’ouvrir les portes de la révélation.
nelson blanco


Les feuilles du Parral dessinaient des formes dans le patio.
Les espaces lumineux narraient des personnages végétaux inédits : de petits yeux, des yeux géants de cyclopes.
Le chat du voisin se confondait aux ombres, son oreille à la pointe de la feuille, son œil, en contre-jour, au bleu du ciel.
Les excroissances spiralées recouvraient toutes les surfaces planes : tableau vivant, mouvement physique et psychique, cinétisme, ombre-lumière sous le frissonnement des feuilles au soleil.
Origine du symbole… analogies –chat, parral, ciel- parmi toute cette cosmogonie était le livre alchimique, livre muet des significations, tel un jeu de cartes dissimulées, attendant la conscience qui les rassemblerait pour créer la véritable structure.
C’est par le concours de circonstances, en respectant les signes d’une prédestinée que l’esprit éveillé, dans la souffrance et le renoncement, peut saisir et appréhender la lecture de ce langage dicté par ce que d’aucuns nommeront « coïncidences.
C’est de ce monde-là, quelque infirme puisse-t-il paraître aux yeux profanes ou incrédules, que jaillit ma peinture.
Longtemps plus tard, Canseliet*, l’alchimiste s’étonnait de ma connaissance des symboles. Il croyait que je m’inspirais des livres secrets.
Le Parral, c’était sept pieds de vigne qui recouvraient presque entièrement le patio de ma maison.
Lumière verte. Intrusion, en silence, au pays végétal.
Pores.
Entrée des chemins, des sentiers minuscules.
Entrelacés. Microscopiques. Endroit, envers.
Réalité de l’impossible.
Introspection de canaux.
Graphismes hors de portée de la perception immédiate…
nelson blanco


Dans l’œil du chat s’exprimait le monde végétal.
Les reflets du raisin translucide,
Jeux du soir,
L’ombre des feuilles, des cieux y marquaient les heures.
Son regard, comme une baguette magique m’envoûtait.
Les couleurs, les astres s’enchevêtraient,
La pomme se faisait femme.
Visions de soir d’automne féerique,

De prairies, du moulin, de l’eucalyptus,
Petit coin de tous les jardins du monde réunis en un seul.
Animal végétal.
Miroir du temps loin de la misère humaine,
Symbole du commencement, chemin initiatique, œil astral.
Présence d’un autre monde.
La mort terrestre, l’angoisse, la répression prenaient une signification différente.
L’esprit ne meurt pas.
Chemin de l’ascension vers la lumière.
Silhouette féline.
Vie de l’au-delà.
Toute la souffrance de l’humanité formait une voie, une galaxie infinie.
Le chat me regardait et rivière mystérieuse, son regard me parlait de la libération, non pas la temporelle, mais celle du rêve,
Le dedans est le dehors
Comme l’orange de mon enfance…
Courbe sensuelle, odeur, main immatérielle, musique célestiale,
Soif désespérée de pureté, d’amour… mon unique patrie,
Chemin de la poésie.
Tout autour de moi régnait la mort. Néanmoins, cet animal étrange, clairvoyant, m’insufflait les forces pour croire encore que l’homme n’était pas seulement une négation.


*Canselet, alchimiste contemporain, auteur du « Mystère des cathédrales »
voir "Tango que tu m'as fait mal"